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La ballade de Black Tom – Victor Lavalle

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J’ai acheté ce roman afin d’élargir un peu mon cercle de lecture. J’ai été happée par le petit format de ce livre, qui renferme une nouvelle fantastique dans le sens littéraire du terme, dont le résumé me rappelle une histoire à la Edgar Allan Poe, le tout à New York.

Ce livre a remporté les prix Shirley Jackson et le prix Bristish Fantasy 2017. Ce n’est qu’en lisant la dédicace de l’auteur « A H.P. Lovecraft, avec tous mes sentiments contradictoires » que je me suis renseignée sur l’origine de cette nouvelle, ce qui a contextualisé ma lecture et n’a fait que la rendre beaucoup plus intense !

Moi qui ne lit en soi que des romans young adult ou fantasy, pour une fois j’ai l’impression d’avoir lu quelque chose à portée littéraire et philosophique, et j’en suis pas peu fière ^^ !

En effet, Victor LaValle est un romancier noir newyorkais qui a choisi de réécrire la nouvelle très controversée « L’Horreur à Red Hook », de H. P. Lovecraft (auteur très connu pour ces récits fantastiques, d’horreur cosmiques et de science-fiction… point culture pour ceux qui comme moi ne le connaissait pas ^^) publié en 1925, qui était une nouvelle certes fantastique mais surtout un texte odieux, très raciste où l’auteur crachait son venin la population cosmopolite de New York. Victor LaValle a donc choisi de réécrire la même histoire, avec les mêmes personnages blancs et noirs mais en rôles « inversés », pour que l’on porte un regard sur le racisme et la haine qui régnaient à cette époque. La portée fantastique de la nouvelle pousse donc le lecteur à voir plus loin et à s’interroger sur la tolérance et le respect d’autrui.

Résumé :

En cette année 1924, Charles Thomas Tester, musicien médiocre et escroc de bas étage, traîne sa longue silhouette dans les rues grouillantes de Harlem en quête de quelques dollars, de quoi manger et conserver le toit qu’il partage avec son père vieillissant. Il n’ignore rien de la magie qu’un costume ajusté comme il convient peut provoquer, de l’invisibilité qu’un étui à guitare peut générer, jusque dans les quartiers les plus huppés, ni de la malédiction gravée dans la couleur de sa peau, celle-là même qui attire invariablement le regard des Blancs et des flics qui vont avec. Tommy est un prince. Un prince de Harlem. Mais quand il livre un grimoire occulte à une sorcière recluse au cœur du Queens, il n’a aucune idée des portes qu’il entrouvre alors, ni de la monstruosité que son geste pourrait bien libérer… Une horreur à même d’engloutir New York tout entière.

Mon avis :

C’est un texte court (je l’ai quasi lu en 24h…) mais très bien écrit, la lecture est très fluide, les mots employés justes et l’histoire avance rapidement, le suspens nous tient en haleine jusqu’à la fin car dès le début, on sent qu’il y a quelque chose d’étrange et de fantastique, que les personnages maîtrisent déjà alors que nous non.

La nouvelle se partage en deux parties suivant deux points de vues des personnages principaux, déjà présents dans la nouvelle initiale.

Pendant la première partie on suit Charles Thomas Tester, surnommé Tommy, un musicien noir de Harlem sans grand talent. Il pousse la chansonnette dans les rues pour un public de Blancs amateurs de jazz, et, à l’occasion, fait des petits boulots comme livré un livre « magique » à une sorcière dans le Queens. Il croise alors le chemin de Robert Suydam, un occultiste qui l’engage pour jouer chez lui contre une somme faramineuse. Pourquoi ? Quels sont les buts de l’étrange Suydam ? On assiste alors progressivement à une plongée dans l’étrange pour Tester. En effet, Suydam va nous ouvrir petit à petit des « portes » vers d’autres dimensions, vers des créatures étranges qui pourrait changer la société.

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Le point clé de cette histoire est  le gouffre qui règne à cette époque entre les noirs ou les immigrés qui arrivent à New York et les Blancs. On découvre via notre lecture le regard que l’on porte sur Tommy, les réflexions qu’il doit avoir s’il veut s’aventurer hors de Harlem, le rôle que la police joue en ces lieux… Lui même est persuadé à cause de tout ce qu’il entend qu’il faut se méfier d’Harlem, alors qu’il va apprendre petit à petit que s’il avait plus ouvert les yeux et moins pris au pied de la lettre ce que les Blancs voient et disent, il aurait vu les bonnes choses sous un meilleur jour.

Sa rencontre avec Suydam est effrayante mais lui donne le pouvoir de se retourner et de se venger contre cette oppression. Cette citation illustre parfaitement la tournure que va prendre la nouvelle sur la fin, qui ne nous laisse pas indifférent et nous montre l’horreur et la haine engendrées par ce type de comportement raciste : « qu’était l’indifférence comparée à la malveillance ? L’indifférence serait un tel soulagement » dit Tommy.

Dans une deuxième partie, on suit l’inspecteur Malone, blanc raciste qui s’intéresse à l’étrange et suit Tommy et Suydam pour tenter de comprendre ce qu’ils mijotent. Il va alors voir l’horreur que son racisme a réveillé, jusqu’à une fin assez pessimiste sur l’humanité.

C’est donc une belle réflexion de lecture que je vous propose, c’est un texte court, très bien écrit, que je vous conseille pour tout le contexte qu’il représente. J’ai trouvé brillant comment même avec l’aspect fantastique quelque part juste entrevu (on imagine des réveils de créatures obscures et de pouvoirs surnaturels mais finalement ils sont très explicites et nous effleurent juste), le fantastique reste vraiment au second plan et sert de moyen pour punir l’espèce humaine, ce qui nous fait réfléchir sur cette époque de ségrégation et d’intolérance, et de repenser aussi à ce qu’il se passe de nos jours… A vous de vous faire un avis, moi je crois qu’après toutes ces réflexions je vais me chercher un livre bien détente maintenant 😉 !

Note : 5/5

note5

BONUS : pour ceux et celles que ça intéresse, la mode est aux réécritures de Lovrecraft ^^. Dans la même optique d’inverser les rôles, vous pouvez lire La quête onirique de Vellitt Boe de Kij Johnson publiée également chez Le Bélial. Kij Johnson a choisi comme support La Quête Onirique de Kadath L’Inconnue de H.P. Lovecraft, en ayant comme personnage principal une femme professeure d’université. Je pense que je le lirais un des ces quatre et on pourrait à nouveau philosopher dessus  🙂 !

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BlackCat

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